Contes de l'encrier: Marcel et le mot perdu 9


Un peu avant minuit, Marcel ouvrit les yeux. Il était dans un jardin inconnu. Les destriers de la calèche du maître du temps avaient traversé Paris, sans bruit, et s’étaient arrêtés au milieu de ce jardin extraordinaire. Le voyageur du temps perdu à la recherche d’un mot perdu dans le temps avait dormi toute la journée sur la banquette de cette machine abracadabrante.

Marcel retrouva ses esprits et se mit à la quête du fabuleux petit cahier noir du maître du temps. Rien. Silence et stupeur au cœur. Marcel prit peur et se mit à ruminer de sombres idées. Il avait défié le temps à la fin de la deuxième épreuve. À l’évidence, le maître du temps lui jouait de mauvais jours et lui faisait regretter son ingratitude.

C’était une soirée d’été. Les parfums de la nature chatouillaient les narines du pauvre écrivain hypersensible à cette splendeur verte. La moindre petite manifestation de dame nature le faisait souffrir d’une multitude d’allergies indescriptibles. Néanmoins, il descendit du fiacre et s’aventura dans les allées du parc. Il se surprit de tant d’audace, lui qui ne mettait jamais le nez à l’extérieur sans en payer le prix par de fortes fièvres. Curieusement, il ne ressentit point de malaise. Le temps lui sembla doux. Extrêmement exquis et moins ingrat…

Marcel se demanda si le temps s’était arrêté. Était-il mort?... Était-ce la fin avant la fin?

Du côté des aubépines de ce jardin enfoui dans les souvenirs, le murmure de la petite sonate du maître du temps se faufila jusqu’à lui. Il était bien vivant. La petite rumeur lui redonna un soupçon de bonne humeur. La musique s’amplifia. Marcel reprit courage. Le voyage, la quête n’étaient pas perdus. Le temps de la recherche de la troisième lettre arrivait, et peut-être aussi le mot de la fin avant la fin.

Du côté de la Place de la Madeleine de ce jardin secret caché dans Paris, une autre clameur attira son attention. Un groupe de fêtards brisa ce moment précieux. Les oiseaux de la nuit se dirigeaient vers lui en fredonnant la sonate du maître du temps. Marcel se trouva pris au milieu d’une fête du temps estivale impromptue! Un piège crée de toutes pièces par le malicieux maître du temps.

Le groupe entoura Marcel dans ce jardin délicieux, magique comme une madeleine. Une valse à mille temps s’effectua dans les jardins de la nuit des temps. Il fut entraîné malgré lui dans cette farandole sous les étoiles. Au bout de quelque temps, il s’effondra sur un banc, près des aubépines. Reprenant son souffle, il découvrit l’incroyable sens de l’humour du maître du temps. Le petit cahier noir était là, délicatement posé sur un plateau à thé et de madeleines. Marcel devait combler une petite faim avant la grande fin. Les directives étaient limpides : « Maîtriser son jardin secret. »

Les destriers s’activèrent et invitèrent le voyageur du temps à monter dans la voiture. La quête de la troisième lettre débuta. Sur la route, Marcel reconnut le Paris qu’il aimait, celui qu’il admirait depuis toujours, de l’extérieur et de l’intérieur, en visitant son jardin secret, cette cathédrale de mémoire.

Le bolide fabuleux s‘arrêta devant le Ritz.

C’était un temps de fleurs d’été… Marcel avait rendez-vous avec un mot perdu dans le présent et dans le temps.

À suivre…

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1. Illustration. James Jacques-Joseph Tissot. Le banc de jardin. 1882.

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Commentaires

  1. //Les parfums de la nature chatouillaient les narines du pauvre écrivain hypersensible à cette splendeur verte.//

    on l'imagine bien!

    //Marcel se demanda si le temps s’était arrêté. Était-il mort?...//

    Quel naïf, ce Marcel!

    //magique comme une madeleine.//

    Quelle imagination!


    Marcel et ses rendez-vous perdus... :-)

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