mercredi 26 février 2014

De la littérature : Ces romans qui parlent de l’Histoire : Louise Penny/Samuel de Champlain

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enterrez_vos_morts_portrait1352901665 J’ai lu avec beaucoup de plaisir le sixième titre de la romancière Louise Penny intitulé : Enterrez vos morts. La spécialiste des intrigues policières, lauréate de nombreux prix Agatha Christie, nous entraîne cette fois hors de ses sentiers battus préférés, soit à l’extérieur de Three pines, son village de prédilection caché dans les bois des Cantons de l'Est. L’inspecteur Gamache se retrouve dans le Vieux-Québec, en convalescence chez son vieil ami et mentor.

Changement de décor, changement de rythme et beaucoup d’intrigues jumelées pour mieux nous faire languir. Le roman demeure différent des autres par ses nombreuses références historiques à l’histoire de la ville de Québec, particulièrement à son fondateur, Samuel de Champlain. En plein Carnaval de Québec, bienheureux de cette trêve, de ce repos forcé, l’inspecteur philosophe nous fait partager ses multiples promenades dans les rues enneigées de la vieille ville, partage avec nous ses préférences épicuriennes et ses errances méditatives nocturnes avec son chien sur les plaines d’Abraham.

De l’épicerie Moisan à la pâtisserie Paillard, du bar Saint-Laurent du château Frontenac au petit café du coin, tout est prétexte au bon gueuleton et aux remue-méninges des cellules grises. Je revois dans mon cœur avec bonheur la magnifique rue des Ursulines, la terrasse Dufferin et le fleuve.

Passionné d’histoire, Gamache établit son camp de vacances à la Litterary and historical society du chemin des Écossais. Bibliothèque immense, pleine de documents inédits, l’établissement ne tarde pas à sombrer dans le drame, malgré la présence du meilleur enquêteur de la province. Bientôt, un meurtre est commis dans la cave de l’édifice… La victime est un archéologue excentrique, creuseur de trous infatigable à qui mieux mieux dans la vieille forteresse. Sa folie avouée depuis toujours : découvrir la dépouille de Samuel de Champlain, le fondateur de la ville de Québec.

Samuel de Champlain. Monument Vieux-Québec Navigateur, cartographe, explorateur et chroniqueur, il semble bien que le père fondateur de fort Louis naquit protestant, à Brouage, en 1574. Premier choc… Un huguenot à la tête d’un bastion plutôt catholique. Qui plus est, cette théorie se confirme au fil des années de par l’étude de la personnalité de Champlain, de par son comportement et surtout par l’absence tangible de ses restes. Selon plusieurs historiens, Champlain serait enterré dans la vieille forteresse, à l’intérieur de la réserve D’Ailleboust, soit dans un quadrilatère restreint formé par les rues Sainte-Anne, Buade, du Fort et du Trésor. La première église ayant disparu au cours d’un incendie, le corps de Champlain aurait été transféré soit dans un cimetière avec fosse commune ou déménagé dans la crypte de la basilique. Certains parlent même de la chambre froide de l’actuel Buffet chinois de la rue Buade… D’autres évoquent le bureau de poste.

Mystère…

Selon plusieurs, Champlain serait victime d’un complot ou d’une vaste mise en scène destinée à brouiller les pistes des tenants de l’Indépendance du Québec. Sans relique, la gloire d’un peuple semble plus difficile à chanter. Le grand homme est-il enterré dans la cave de la literary and historical de Québec ?

Je vous souhaite de découvrir ce roman.

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jeudi 7 novembre 2013

Journées de lecture : Proust à Sainte-Foy, Hélène de Billy

 

Hélène de Billy. Proust à Sainte-Foy

L’ombre, le silence et la solitude, en abattant sur moi leurs chapes épaisses, m’ont obligé de recréer en moi toutes les lumières et les musiques et les frémissements de la nature du monde.

Marcel Proust. Le moi spirituel. Journées de lecture.

Il y a quelque temps, j’ai eu le plaisir de croiser les pas d’Hélène de Billy. Dans le cadre d’une rencontre amicale portant sur la carrière de mon père, je lui ai remis des documents d’archives afin qu’elle puisse scénariser un documentaire sur les bandes dessinées québécoises et belges. Une pause thé, café et croissants autour du monde de Tintin, du capitaine Haddock et du Capitaine Bonhomme. Ce fut fort agréable. Le sens de l’humour d’Hélène ne laisse personne indifférent. Il en va de même de l’omniprésence de sa poésie.

Journaliste, scénariste et auteur, Hélène de Billy aime voyager sur papier en compagnie d’artistes singuliers ainsi que dans l’ombre et la lumière de la nature. Perec, Riopelle, Hergé et Proust lui donnent des ailes créatrices de mouvements.

Ce fut avec beaucoup de joie que je découvris sa nouvelle œuvre en librairie. Proust à Sainte-Foy. Un roman choral se déroulant dans le cœur du vieux Québec, dans une résidence pour personnes retraitées. À l’évidence, l’humour prime par-dessus tout chez l’auteur. La page couverture nous aiguillonne déjà le regard allant de la binette archi romantique de Proust, au verre de Bloody Mary en guise d’encrier jusqu’au céleri-plume servant de lance de guerre et de paix !

La prisonnière de la chambre close se rebiffe, refuse le cloître et se délecte de promenades parfois du côté des cafés-Swann de la rue Cartier et quelquefois du côté des salons de thé-Guermantes du château Frontenac. Le vent de liberté de la terrasse Dufferin l’amène dans l’univers de Proust malgré elle. Les filles fières et solidaires de la vieille dame lui proposent la lecture du temps retrouvé. Odette, Albertine, Gilberte et cie ouvrent la chasse au bonheur éternel par les mots écrits et la musique des mots. Un thérapeute téméraire propose un traitement de choc littéraire ; la lecture de À la recherche du temps perdu

Nous voilà plongé en pleine mémoire involontaire. La magie de la petite madeleine nous emporte dans un monde heureux ou tout redevient possible. La mémoire volontaire refait parfois surface à l’aube d’une fenêtre ouverte sur la mère. Longtemps je me suis couché de bonne heure devient la petite musique de Vinteuil qui guérit le mal de vivre de Marquise… et alimente le bien-être de son fan-club littéraire.

L’ombre des jeunes filles en fleurs transcende le quotidien de Marquise, rompt le silence de l’ermitage et fracasse la solitude de ces gens que l’on dit trop vieux pour se débrouiller seul.

Longtemps et dans le temps… de très belles journées de lecture. Un roman à découvrir, à savourer lentement, avec une tasse de thé, quelques madeleines et le Clair de lune de Debussy.

 

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vendredi 13 septembre 2013

La sarabande du cerf : de l’amélanchier au pommetier

 

Amélanchier sauvage

Le plus extraordinaire de tous était l'amélanchier. Dès le premier printemps, avant toute feuillaison, même la sienne, il tendait une échelle aux fleurs blanches du sous-bois, à elles seulement; quand elles y étaient montées, il devenait une grande girandole, un merveilleux bouquet de vocalises, au milieu d'ailes muettes et furtives, qui annonçaient le retour des oiseaux. Jaques Ferron. L’amélanchier

Dame nature se montra fort capricieuse tout l’été. Cette manie de la danse de la pluie, de la gavotte du vent, de la valse des grêlons et du chant du tonnerre temporisa mes ardeurs de randonneurs. Les cieux peu cléments me donnèrent des crises de sédentarité forcée. Je me mis donc aux mille et un menus travaux accumulés sur des listes semées de-ci de-là au cours des années…

Teinture des meubles en pin de la terrasse, teinture des meubles en érable du salon, teinture de la table en chêne de la salle à manger, teinture des bois de tous les coins perdus de la nichée… Des bois extérieurs inatteignables, je me tournai vers les bois intérieurs. La tempête à du bon. La maisonnée est proprette, propice à la relaxation, à la méditation, au partage de l’heure du thé, à la musique d’ambiance… à l’attente du retour du soleil.

De l’amélanchier au pommetier, je me suis tout de même organisée pour converser avec les saisons. Entre deux averses, trois canicules et de multiples séances de rénovations intérieures, j’ai parcouru les divers sentiers de la montagne. Les faucons naviguent toujours avec force sur la falaise et ont donné le jour à trois fauconneaux. Les urubus patrouillent en silence le mont et la rivière. Les cerfs de Virginie me sont apparus comme par magie au détour d’un sentier, panaches en tête, et deux faons en surprise. Ce fut un moment magnifique.

Amélanchier. Bois Les amis de la montagne se sont faits plus rares, comme moi, sur les chemins. J’ai surtout conversé avec les pros, ceux et celles qui se baladent tout le long de l’année. Surtout avec une autre M, une dame fée qui connaît tous les secrets des plantes des bois… ou presque. Je dis presque puisqu’elle ne connaissait pas le fameux amélanchier.

Tout en parlant d’oiseaux sur la falaise, je lui mentionnais le fameux amélanchier que l’on surnomme aussi l’arbre aux oiseaux depuis la nuit des temps. Un arbre somme tout fabuleux puisqu’il fournit une baie ou petite poire que les cris appellent Saskatoon ou cri d’oiseau ! Le fruit suspect s’avère délicieux lorsque transformé en gelée ou confiture. Je lui parlai de la poésie de Ferron en espérant éveiller d’autant plus sa curiosité sur l’arbre mystique…

Quelque temps après ce dialogue d’oiseaux, je croisai les pas de cette dame des Balkans, installée au Québec depuis une dizaine d’années. Elle m’annonça avec fierté et plaisir que les confitures de l’amélanchier ont fait un tabac dans la famille. Toute la maison a adoré la nouvelle merveille sucrée.

Amélanchier. Petites poires

Alors, je vais récidiver avec le pommetier…

Il pleut. Et alors, ce n’est pas une raison pour oublier les poètes et leurs sarabandes.

mercredi 29 mai 2013

La sarabande du cerf

 

trille-blanc.G. Nadeau. jpg

Henry était là avec le chien, qui était assis sur son pied, aussi nonchalant qu’un homme attendant l’autobus. Craig Johnson. Dark horse.

Qui est le drôle qui décréta que le mois de mai était joli ? Il pleut des cordes sur mes terres natales depuis 6 jours. Et les perspectives des jours à venir ne sont pas plus ensoleillées. Certaines régions du globe sont dévastées par les inondations, les ouragans ou autres catastrophes… Non. Le printemps fait la tête à la planète. Et ce n’est pas la faute de dame nature. Cette crise printanière demeure le résultat de notre énorme bêtise humaine.

Cela dit, j’ai un aveu à vous faire. Je n’ai pas salué la falaise du mont Saint-Hilaire depuis le mois de novembre dernier. Résultat, la reprise des expéditions au cœur de ma vie sauvage s’avère un véritable exploit. Les premières tentatives se sont avérées fructueuses, mais difficiles sur les muscles. J’ai malgré tout admiré la floraison des trilles et des violettes. Cependant, j’ai eu l’impression de revenir d’un vol Soyouz aux côtés du commandant Chris Handfield. Les bains chauds et les crèmes analgésiques ont calmé mes complaintes. Je demeure toutefois déterminée à poursuivre mes promenades dans les bois sauvages qui habitent au coin de ma rue.

Si seulement ce joli mois de mai pouvait retrouver sa véritable nature.

Entre temps, je surveille un peu plus le gluten présent sur les menus et cache les croustilles au fromage dans les placards. Ce qui devrait favoriser le retour de la forme de mademoiselle M. Ce ne sont pas quelques petites livres en trop qui vont restreindre mes passions nature. Dans quelques jours, la forme sera de retour et les imperfections accumulées au cours de l’hiver s’envoleront avec le retour de l’été et des fauconneaux.

Si seulement le mois de mai pouvait allumer les cellules grises de nos politiques.

Les changements climatiques se répercutent sur l’ensemble du monde et ce, dans toutes les sphères étatiques. Même le très select people que l’on surnomme le 1 % ou les happy few de la finance et d’ailleurs se doit de composer avec les crises atmosphériques. Même avec des milliards de rentes dans les paradis fiscaux ou ailleurs, quand il pleut des grêlons sur la Mercédès ou que la terre s’effondre sous le manoir, il doit bien y avoir quelques cloches qui sonnent l’alarme.

Au cours de l’été, je vous parlerai des faucons qui sont de retour sur la falaise, des urubus qui valsent autour des escarpements rocher, de la petite buse qui vient me saluer entre deux vols, des couleuvres qui dessinent des mandalas sur la piste des bouleaux, des grenouilles vertes qui se préparent au grand concert de juin, des tamias qui s’inventent un garde-manger gargantuesque et des cerfs qui dansent sous les feuillus secrets de la montagne.

Si seulement la pluie pouvait oublier le mois de mai pour se manifester.

Alors, je vous suggère une belle lecture en attendant le retour du soleil. Les romans de Craig Johnson s’inscrivent dans la lignée des œuvres dites Nature writing. Walt Longmire, le shérif de la ville imaginaire d’Absalon, dans le Wyoming à la frontière du Montana, demeure un survivant des terres sauvages de l’Ouest américain. À la direction de son équipe colorée, il s’avère un fidèle complice de la nature. Les intrigues traitent toujours de sujets difficiles, graves et reflètent l’actualité. La faune y est omniprésente. Longmire préfère la compagnie du loup, de la chouette et du bison afin de résoudre certains mystères. Les chevaux sont évidemment préférables comme compagnons de voyage dans cette contrée.

trille_rouge. G Nadeau Si seulement ce nuage de mai pouvait disparaître…

À suivre…

 

Sarabande. J. S. Bach

 

mardi 19 février 2013

M ou la vie dans la montagne 9 : le pékan

 

Pékan_CentredelaNature _FA mai 2012

 

Ni méthode, ni discipline ne sauraient suppléer à la nécessité de se tenir éternellement sur le qui-vive. Henry David Thoreau. Walden ou la vie dans les bois. Bruits.

Un pékan. Il ne lui manquait plus que ça. Il admit que l’assaut de la bête semblait possible en raison de multiples facteurs tels les changements climatiques, l’urbanisation et l’augmentation des chats errants à l’automne. Ce genre d’agressions demeurait rarissime. Néanmoins, il n’avait pas envie de repartir à la chasse. Mireille Noël. Suite pour demoiselle. Pékanard. Nouvelle.

Chose promise, chose due… Au cours de l’été, à ma courte honte, je vous ai laissé cogiter en pleine tourmente. Je ne pouvais affirmer avec certitude si la bête croisée sur le chemin de Rocky le rouge avait des liens familiaux avec la martre, l’ours, le chat ou le pékan.

Le billet en question relatait ma rencontre avec l’étrange personnage. Vous pouvez le consulter ici.

Outre quelques angoisses, l’événement m’inspira une nouvelle intitulée Pékanard que je viens de publier dans le recueil de nouvelles Suite pour demoiselle.

Mes recherches m’ont menée jusqu’au centre de la science de la recherche de l’université McGill. Les services biologiques ont confirmé avec précision que le petit sacripant rencontré sur ma route est bel et bien un pékan. Il semble qu’il ait adopté un territoire de la montagne. De plus, il ne semble pas s’offusquer de la présence des humains à proximité de son terrain de chasse. Il se préoccupe beaucoup plus des petits rongeurs qui osent s’agiter dans son nouveau domaine. Les tamias, les écureuils, les lièvres et les porcs-épics constituent son ordinaire. Certaines légendes prétendent qu’il affectionne également les chats… Quelle horreur ! Aux abris les minets !

Je n’en reviens toujours pas. J’étais convaincue que ce téméraire fréquentait uniquement les régions sauvages et éloignées. Eh bien non. Il existe un troll à quatre pattes sur ma montagne et il se porte drôlement bien.

Existe-t-il des clochettes à pékan ?

Je remercie sincèrement Madame Hélène Diéval, biologiste, qui m’a gentiment transmis les informations pertinentes. L’image croquée sur le vif est particulièrement saisissante.

À suivre…