mercredi 21 octobre 2009

De l’écriture : Connaissance du personnage

 

J.W. Waterhouse.Miranda. La tempêe

 

La connaissance des personnages que nous créons au fil du temps pour nos histoires demeure un élément essentiel. Il existe plusieurs techniques pour développer cette connaissance. Ce petit exercice imaginé par Nancy Kress (Write Great fiction: Characters, Emotion, Viewpoint. 2005) me semble approprié pour l’élaboration d’un nouveau travail d’écriture. Il peut s’avérer utile de se livrer à ce petit jeu afin de mettre en perspective l’importance de la scénarisation et les prémisses de nos protagonistes.

Créer une minibiographie de vos personnages

Faites une liste des personnages sur lesquels vous aimeriez écrire ou sur lesquels vous êtes déjà en train d’écrire. Définissez trois ou quatre personnages pour le moment. Imaginez une courte biographie pour chacun : nom, âge, nationalité, état matrimonial, généalogie, carrière, éducation, particularités physiques, personnalité, qualités, défauts

Par la suite, analysez chacun de ces personnages. Imaginez l’un et l’autre au début de votre roman. Votre protagoniste principal accaparera la majorité de votre attention ainsi que celle du lecteur. Il sera porteur de votre roman. Il devra nous faire vivre une vaste gamme d’émotions par la description de plusieurs scènes.

Que se passe-t-il lorsque vous changez les protagonistes principaux ? Quel est celui qui vous fascine le plus ?

L’actualité comme source d’inspiration

Prenez connaissance de l’actualité. Lisez les articles qui titillent votre imagination. Lorsqu’un personnage vous intéresse, écrivez tout ce que connaissez à son sujet. Puis, créez une minibiographie de cette personne à l’image de vos minibiographies de personnages. Imaginez des répliques ou des solutions à des questions non résolues à ce jour. Ce personnage vous fascine-t-il au point d’envisager l’écriture d’un roman à son sujet ?

Analyse du caractère

Choisissez une nouvelle que vous aimez et que vous connaissez bien. Décrivez en quelques phrases le protagoniste au début de l’histoire : ses attitudes, ses croyances, son environnement. Par la suite, décrivez ce même personnage à la fin de la nouvelle. Quelles sont les différences notables de sa personnalité? Le personnage a-t-il évolué ? Régressé ? Quelle est sa véritable identité ?

Redistribution des rôles d’un classique

Choisissez un classique que vous connaissez bien (Homère, Shakespeare, Hugo, etc.) et faites une liste des caractères principaux. Pour chacun des rôles, quel serait l’impact d’une redistribution des rôles ? Considérons en guise d’exemple, la Belle au bois dormant. À quoi ressemblerait cette histoire si la princesse n’était plus l’héroïne, mais une simple figurante. Qui deviendrait le protagoniste principal ? Peut-être le Prince ? Peut-être la sorcière ? En réalité, les sentiments humains demeurent les mêmes au fil des siècles. À vous de jouer…

La connaissance du personnage relève de la psychologie et de l’imaginaire. Une analyse adéquate de nos protagonistes est essentielle tout au long du processus d’écriture. Leurs personnalités, leurs identités seront plus crédibles, plus faciles scénariser et à écrire.

Connaissez-vous vos personnages ?

____________

Source: Nancy Kress. Write Great fiction.

Illustration: John William Waterhouse. Miranda. La tempête.

Souscrire|Facebook |Twitter

vendredi 9 octobre 2009

Musée des beaux-arts de Montréal : J.W. Waterhouse

 

John William Waterhouse

 

Je vous imagine au comble de l’angoisse. Ciel ! Un musée. Que diabl’alla-t-elle faire en cette galère ? Ceux qui ont suivi mes péripéties au musée national des beaux-arts du Québec s’interrogent amèrement à la lecture de ce préambule. Subira-t-elle en cette demeure montréalaise une deuxième offense ? Un autre mystère se pointe. Commençons par le début. Mercredi après-midi, je me suis présentée à la billetterie du Musée. Candide tel Candide, ne voulant pas mettre inutilement de l’huile sur le feu, j’ai confié tout mon attirail d’exploratrice au cerbère du vestiaire : parapluie, imperméable et sac à dos. J’étais prête pour l’appareillage au pays des fées. Je vous rassure. Je suis entrée au musée aux environs de 15 heures et j’en suis sortie, sur mes deux pieds, vers …

L’artiste naît à Rome, de parents britanniques, mais la famille retourne à Londres lorsqu’il a cinq ans. Dès son jeune âge, Waterhouse aide son père dans son studio et a tôt fait de s’intéresser à la peinture, à la sculpture et à l’Antiquité classique. En 1870, il est admis à l’École de la Royal Academy, où il impose graduellement son style, par des œuvres originales et mélancoliques inspirées de la Rome et de la Grèce antiques. Par ses images dramatiques, arborant de vives couleurs et mettant en scène de belles femmes, il acquiert la notoriété au sein de l’Empire britannique et lors des expositions internationales de 1890 et de 1900.

John William Waterhouse. Le cercle magique. 1886

Certains hommes murmurent à l’oreille des chevaux. Certains peintres  chantent des complaintes chevaleresques pour l’âme des sirènes, des déesses, des sorcières et des infidèles. Une ode à l’amour pour tous. Tel fut John William Waterhouse. Tout au long de sa carrière, il a su capter le murmure de l’âme humaine en écoutant le cœur des fées pour le transcender sur ses toiles. De son atelier, il a écouté le chant de l’invisible et prit le thé avec Circé, Mariamne, Miranda, Sainte-Eulalie, Sainte-Cécile, Tristan et Iseult, La belle dame sans merci, Lamia, la dame d’Escalot et plusieurs autres…

Souvent associé aux préraphaélites, qui aspiraient à retrouver la beauté et la simplicité du monde médiéval, Waterhouse était aussi un peintre classique. La rétrospective permettra d’illustrer comment les peintures de l’artiste reflètent son engagement envers les thèmes de son temps, comme le médiévisme, l’héritage du classicisme, le spiritualisme et la femme fatale. Né l’année même où les préraphaélites se sont fait connaître en exposant à la Royal Academy, il a hérité de leur engouement pour Alfred Tennyson, John Keats et William Shakespeare. Waterhouse était aussi sous le charme mythique des enchanteresses, des enfers et de la beauté. Ses toiles dégagent une fascination romantique pour les passions féminines exacerbées : il a choisi de peindre la Dame de Shalott, Cléopâtre, Circé, Lamie, Ulysse et les sirènes, et Mariamne, condamnée à mort. La littérature a été pour lui une source d’inspiration, tout comme les récits mythologiques célébrés par Homère et Ovide.

John William Waterhouse. Mendelssohn. 1886 Le jardin des sortilèges lève le voile sur une partie de ce mystère fait homme. Plus de 80 tableaux, des études à la sépia, des encres, des essais au crayon dans les marges de la poésie de Shelly, des carnets d’esquisses, des lettres personnelles. Cette exposition est minée de sortilèges tous plus fabuleux les uns que les autres. Les plus grandes œuvres de ce peintre sont regroupées dans quelques salles dont Le cercle magique, Sante-Eulalie, The lady of Shallot, Pénélope, Sainte-Cécile et les Danaïdes. Chaque tableau est envoûtant. Un parfum indicible se dégage de chaque œuvre. On ne peut que se laisser séduire par les incantations subtiles et intenses qui enivrent tous les sens. Un passage inoubliable de l’histoire, souvent tragique et cruelle, se déroule devant nous. Médée verse le poison tandis que Jason l’observe en silence, des nymphes découvrent la tête d’Orphée dans un ruisseau, Psyché ouvre la porte des roses de Cupidon, Rosamonde regarde à la fenêtre tandis qu’Éléonore s’apprête à l’empoisonner. Un peu plus loin dans le jardin, l’âme de la rose se disperse, la vanité s’extasie et la dame de Shallot largue les amarres vers sa destinée…

Les visages, les yeux, les cheveux, les mains, les pieds ; l’expression entière de ses protagonistes est d’une intensité extraordinaire. Plusieurs rumeurs tenaces circulent au sujet des modèles de Waterhouse. On dit que les traits de la sorcière du Cercle magique sont inspirés de Sarah Bernhardt. Il est vrai que les plus grands modèles on posés pour lui. Dans les faits, il semble plus probable que sa femme, Esther Kenworthy, peintre, et que surtout sa sœur, aient servi de modèles pour plusieurs œuvres. Selon différents spécialistes, le visage de la dame de Shallot est celui de la sœur du peintre.

Travailleur infatigable, la minutie de Waterhouse se transmet dans chaque détail. Les drapés, les éléments de la nature, les symboles parsemés de-ci de-là captent notre attention et notre âme pour longtemps. Les couleurs vives, les mouvements suggérés, la précision et la pureté des lignes sont tout simplement sublimes.

John William Waterhouse

John William Waterhouse. Lamia with is dog. 1909 Cette promenade offerte par le Musée des beaux-arts de Montréal dans le jardin des sortilèges est une expérience fabuleuse. C’est un rendez-vous impératif avec le peintre des fées.

O ! Et je m’en voudrais d’omettre de vous préciser que je suis rentrée chez moi… fort tard.

_____________

I. Sources de la documentation : Musée des beaux-arts de Montréal

II. Illustrations: John William Waterhouse. Le jardin des sortilèges (1917), Le Cercle magique (1886), Sainte-Cécile.

Souscrire|Technorati/Littérature|Twitter

 

samedi 3 octobre 2009

De l’écriture : L’architecture du roman

 

waterhouse54

* A set-up with a killer hook
* Character intro with back-story and context
* A sense of place
* Foreshadowing and the establishment of stakes
* The hero’s impending need and inner demons
* The emerging seeds of a subplot
* A major plot point that introduces the story’s antagonistic element
* The definition of the hero’s quest or need
* Scenes that deepen the tension as the hero responds
* Refining the nature of the quest and the elements of its opposition
* A mid-story mind-numbing context shift that changes everything
* The evolution of the hero into a pro-active warrior
* Another significant plot twist that puts all the cards on the table

Larry Brooks. Romancier.

Je trouve intéressant de découvrir les processus d’écriture de différents auteurs. Certains articles nous offrent des pistes de scénarisation extrêmement révélatrices du travail nécessaire à la réalisation de toute œuvre littéraire. La scénarisation demeure l’architecture du roman. Il me semble inconcevable d’entreprendre la réalisation d’un roman sans le travail de base. L’écriture d’une œuvre est difficile. Le parcours est long et requiert plusieurs étapes.

Selon Larry Brooks, un romancier américain et ancienne vedette du baseball, le travail de base est essentiel. Il ajoute de ne pas tenter de faire un bon roman, mais de jouer le tout pour le tout : Écrire un coup sûr! Le coup sûr se traduisant selon moi comme étant un travail de moine, soit le travail d’un romancier de qualité.

Les premiers éléments requis demeurent donc la détermination de l’auteur, l’humilité et une volonté professionnelle.

Le deuxième élément essentiel est l’architecture du roman. Ce parcours permet à l’auteur de construire l’œuvre. Elle devrait conduire à une scénarisation détaillée du roman (chapitre par chapitre, page par page, etc.) et à la création d’un premier synopsis.

  1. Planification du roman selon la Phrase-crochet-qui-tue
  2. Définition des protagonistes et des personnages (biographies, contextes)
  3. Connaissance des lieux (territoires, pays, décors)
  4. Prévision des événements et établissement des enjeux
  5. Définition des besoins imminents des personnages et de leurs pires démons intérieurs
  6. Introduction et naissance d’une sous-intrigue
  7. Définition d’un fait important qui annonce et justifie la participation de l’antagoniste
  8. Définition des buts et des quêtes des personnages
  9. Création de scènes qui approfondissent l’intensité et la crédibilité des personnages devant l’adversité
  10. Peaufiner la nature de la quête et les raisons qui rendent sa réalisation si difficile
  11. Un contexte majeur à mi-chemin de l’histoire qui propulse le protagoniste et qui change tout
  12. L’évolution du protagoniste à l’image d’un guerrier ou d’un pèlerin
  13. La clé d’une autre énigme significative qui met toutes les cartes de la table

Le troisième élément concerne l’ensemble ou la cohérence du processus d’écriture

  1. Conception
  2. Personnages
  3. Thème
  4. Séquence de l’intrigue
  5. Construction des scènes
  6. Voix de l’écriture

untitledOn peut élaborer plusieurs autres étapes pour la scénarisation. Chacune de  ces escales nécessite une attention particulière et peut être développée en profondeur. Néanmoins, les éléments mentionnés demeurent les principaux et génèrent la base de l’œuvre à écrire. Ce travail de fondation nécessite plusieurs recherches et études avant d’entreprendre le travail de l’écriture. Il est fortement conseillé de le faire avec sérieux et professionnalisme. La différence entre une œuvre aboutie ou à peine esquissée sera palpable selon le processus d’écriture utilisé par l’auteur. Sans un bon exercice de construction, l’écriture de l’œuvre risque de demeurer superficielle et donc sans profondeur.

Chacun des éléments peut faire l’objet de chroniques. Il me semble intéressant d’approfondir ces sujets. Au cours de l’année, je poursuivrai cette exploration avec vous.

En tant qu’auteur, je favorise ce processus d’écriture. Et vous ? Que pensez-vous de cette architecture littéraire ?

__________________

1. Illustrations: John William Waterhouse. The lady Clare.

Souscrire|Technorati/Littérature|Twitter

samedi 26 septembre 2009

De l’écriture : Annie Proulx

 

untitled

 

En visionnant cette excellente et rarissime interview de l’auteur Annie Proulx, je réalisais à quel point le partage des impressions sur le processus de l’écriture est important. Il ne s’agit pas de secret ni encore moins de recettes toutes faites. Il s’agit surtout d’explorer le travail de l’auteur d’une manière concrète au quotidien. De comprendre et de découvrir ce qui le motive et lui permet de réaliser une œuvre. Cette invitation dans le monde d’un auteur nous révèle la grande intériorité de cette profession. L’écrivain n’est pas bavard. Il écrit. Il décrit en illustrant ce qu’il ressent. Je dis bien illustrer. Dire ce qu’il voit. Il nous entraîne à l’intérieur de lui afin de partager le regard qu’il a sur le thème qu’il a choisi.

Je trouvai fascinantes et intéressantes ses explications sur l’évolution de son processus d’écriture. Son dernier roman, C’est très bien comme ça, se déroule au Wyoming, un état américain qu’elle adore et qui la passionne. Cette terre de l’Ouest américain devient le protagoniste principal, le point de départ de l’ensemble de son travail. Inutile de tenter d’écrire un roman sur un sujet qui ne nous intéresse pas. La connaissance de ce territoire-personnage devient essentielle. Cet espace est le théâtre du livre que l’on veut écrire. C’est la base de l’histoire qu’Annie Proulx développera par la suite, l’endroit qu’elle a choisi pour faire évoluer ses personnages.

L’étude de l’histoire de cette région, la géographie, les caractères sociaux d’hier et d’aujourd’hui apportent une foule de renseignements à l’auteur. Les légendes et les faits divers se bousculent sur les carnets de notes. Au fur et à mesure que les recherches progressent, les personnages se dessinent et se peaufinent. Les caractères se précisent selon les différentes situations possibles et impossibles. Le récit se crée tout au long de ce processus de recherche et d’écriture. Plusieurs idées naissent ainsi tout le long de la route. La scénarisation du roman se précise et génère un premier synopsis.

Fascinée par l’Histoire en général, elle travaille presque toujours avec ce processus pour la réalisation de ses œuvres. Lorsque les recherches et les préparatifs lui semblent adéquats, elle entreprend l’écriture du roman. Le temps nécessaire à la rédaction varie selon l’œuvre. L’écriture complète peut s’échelonner sur une période de trois à six mois, voire plusieurs années. Cette périodicité appartient à chaque auteur.

Personnellement, je favorise ce processus d’écriture. Je ne saurai imaginer procéder autrement. Le travail de recherche constant entraîne une évolution cohérente à toute l’histoire. Les écarts de route sont vite décelés et plus facilement corrigibles. Le processus de l’écriture révèle l’importance de la préparation. La scénarisation représente une partie essentielle du travail de l’auteur. Ce processus nous permet de définir l’ensemble du roman que nous désirons créer.

____________

1.Illustration: Frank Cadogan Cowper. The love letter

Annie Proulx

Souscrire|Technorati/Littérature|Twitter

mardi 22 septembre 2009

5 phrases : le mur de Berlin

 

berlinAu pied du mur, un homme raconte une histoire. C’est fou tout ce que l’on peut inventer lorsque la liberté n’existe pas. Des brèches dans les murs de béton, les murs du son, les murs de barbelés. Les oiseaux se moquent des murs et créent leurs propres libertés. Et les enfants de la liberté s’assoient sur tous les murs du monde pour rire et pleurer.

Inspiré du site 6 sentences, je vous propose un exercice littéraire amusant.

Je vous donne le thème du mois :

Le mur de Berlin Berlin

Puis, vous composez cinq phrases. Tout simple. Pas de poésie. Uniquement de la prose. Vous pouvez partager votre texte sur le fil des commentaires de ce billet et précisez un lien vers votre site, si cela vous convient.

Alors, cela vous inspire ?

À vos 5 phrases, allez-y !

 

Souscrire|Technorati/Littérature|Twitter